Notre-Dame et l’artisanat : un double enjeu (JBC #133)


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LE JOURNAL : Quel est l’état d’esprit de « La Cathédrale des métiers », l’événement que vous organisez le 19 novembre?

YVES RÉVILLON : Au lendemain de l’incendie de Notre-Dame de Paris, les communes du territoire Boucle Nord de Seine ont décidé en partenariat avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de mettre en avant les métiers qui seront indispensables à la reconstruction de la cathédrale. Les élus sont partis d’un constat bien connu : en dépit des déclarations d’intention maintes fois réitérées, les formations aux métiers manuels sont encore trop souvent considérées comme des « voies de garage ». Pire, certains jeunes, pour qui l’artisanat est une vocation, ont le sentiment d’être incompris par leurs camarades ou par leurs parents qui y voient un manque d’ambition ou de volonté de travail. Il y a donc un vrai travail à faire dans la société, et les villes peuvent contribuer à changer l’image de ces professions.

JBC : Pourquoi faut-il encourager les jeunes à s’orienter vers l’artisanat ?

YR : Il faut encourager nos jeunes à s’orienter vers ces filières qui offrent des formations exigeantes et de qualité dans les métiers liés à la sauvegarde du patrimoine. Ils pourront y acquérir de nombreuses compétences et acquérir des savoir-faire à haute valeur ajoutée. Ces filières offrent la possibilité aux jeunes de travailler très rapidement dans le cadre de leur apprentissage sur des projets concrets. Elles leurs permettent aussi de se familiariser avec les nouvelles technologies qui jouent désormais un rôle central dans les métiers de l’artisanat. Un jeune qui entre dans un lycée professionnel pourra apprendre à utiliser des logiciels, des imprimantes 3D ou encore utilisera des lunettes de réalité virtuelle pour concevoir ses créations. Enfin, on ne le dira jamais assez : ce sont des métiers qui offrent de nombreux débouchés en terme d’emplois. On a parlé des nombreux besoins pour le chantier de Notre-Dame mais notre patrimoine compte aussi des milliers d’édifices qu’il faut entretenir ou restaurer. Sans parler du secteur du luxe qui a aussi besoin de ces métiers.

JBC : Est-ce qu’il y a aussi des possibilités pour les adultes ?

YR : Il y a également de nombreuses possibilités pour les adultes, notamment ceux qui souhaitent se reconvertir. On voit de plus en plus de cadres ou d’employés exerçant dans le tertiaire avoir envie d’entamer une seconde partie de carrière, radicalement différente de la première. Ils veulent plus de concret, voir le résultat de leur travail, concevoir et créer de leurs mains. Les métiers d’artisanat d’art sont les plus appropriés pour cela et offrent aussi de nombreux débouchés. Il y a dans ces professions un équilibre entre la pratique manuelle, dessiner les plans et fabriquer son meuble par exemple, et la pratique intellectuelle qui permet de concevoir en amont et de réfléchir à l’ingénierie, aux matériaux utilisés, à la technique à employer pour arriver au résultat souhaité.

Interview parue dans le journal de Bois-Colombes n°133


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