Notre-Dame et les métiers manuels (JBC #132)


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LE JOURNAL : A la suite de l’incendie de Notre-Dame, la ville de Bois-Colombes a décidé d’organiser un évènement pour promouvoir les métiers nécessaires à sa reconstruction plutôt que d’apporter une aide financière. Pourquoi avoir fait ce choix ?

YVES RÉVILLON : Dès le début de l’incendie, nombreux sont ceux qui ont manifesté leur solidarité en adressant des contributions financières. Parmi tous ces donateurs, certaines familles et entreprises n’ont pas hésité à faire des dons particulièrement généreux. J’ai d’ailleurs été choqué par les polémiques qui s’en sont suivies. Je crois qu’il faut se réjouir quand de grandes entreprises accordent autant de moyens à la réhabilitation d’un bien commun qui est l’un des symboles les plus importants de notre patrimoine. Grâce à la mobilisation de tous, les promesses de dons ont rapidement atteint la barre du milliard d’euros, une somme a priori suffisante pour les travaux de reconstruction. Dans ces conditions, une participation de notre ville me paraissait peu pertinente. Pour autant, je tenais avec la municipalité à ce que la ville de Bois-Colombes participe à l’effort de reconstruction. C’est pour cela que nous avons décidé d’organiser un événement faisant la promotion des métiers et savoir-faire qui seront nécessaires au chantier.

JBC : En quoi va consister cet évènement ?

YR : Cet événement est avant tout à destination des jeunes. La ville, en partenariat avec les autres communes du territoire intéressées par notre initiative, va mettre en avant les métiers de l’artisanat et les métiers d’art, avec un coup de projecteur spécial sur les savoir-faire qui seront mobilisés lors de la réhabilitation de la cathédrale. Il s’agira par exemple de sculpteurs, d’ébénistes, de restaurateurs d’art, de vitraillistes ou encore de couvreurs. Nous voulons que cet événement soit avant tout un moment convivial qui mette à l’honneur les valeurs du partage et de la transmission. Qui mieux que les professionnels pour parler de leur parcours et de leur travail quotidien ? Nous avons d’ailleurs la chance de compter de nombreuses entreprises et artisans spécialisés sur notre territoire. Bien sûr, des instituts de formation seront aussi présents pour exposer les cursus, le fonctionnement, les conditions de recrutement et les débouchés dans les différentes filières.

JBC : Pourquoi avoir choisi ce format ?

YR : Je n’apprendrai à personne que dans notre pays, les métiers manuels sont très souvent dénigrés malgré les tentatives pour les valoriser. Tout le monde s’accorde à constater que la voie de l’artisanat est souvent vécue par certains jeunes comme un échec. Faute d’être reconnus à leur juste valeur, certains métiers sont délaissés. Pourtant la réalité est tout autre. Les débouchés sont multiples : de nombreuses filières, y compris celles qui seront mobilisées pour la reconstruction de la cathédrale, connaissent une forte pénurie de main-d’œuvre et cherchent à recruter. En plus de Notre-Dame, n’oublions pas aussi que notre pays compte de nombreux édifices et monuments qu’il faut entretenir et restaurer. Ces artisans sont aussi des professionnels au savoir-faire et aux compétences hautement qualifiés. Pour les plus jeunes, c’est l’occasion d’intégrer des filières d’excellence et de se former auprès de professionnels aguerris. C’est pourquoi, pour concevoir cet évènement, il nous paraît primordial de donner aux métiers de l’artisanat une image positive et de montrer aux jeunes qu’il s’agit d’une voie passionnante et épanouissante.

Interview parue dans le journal de Bois-Colombes n°132


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